Compte rendu du Conseil d’Administration du 13 décembre 2013 qui a rejeté le budget

Le 13 décembre dernier avait lieu le dernier conseil d’administration (CA) de l’université de l’année 2013. Le C.A. c’est en théorie l’institution de l’université qui prend les décisions importantes et les grandes orientations politiques. Il est composé de 7 professeurs d’universités et 7 maîtres de conférences, 3 élus du personnels, 5 élus étudiants et personnalités extérieures.

Etudiants, personnels BIATOSS et personnels enseignant précaires (qui assurent plus de 70% des cours) sont donc sous-représentés voire pas représentés du tout. Les catégories supérieures (les professeurs d’université notamment) sont elles au contraire surreprésentées au C.A. Cette composition en fait donc une instance de fait particulièrement défavorable pour les plus précaires des personnels.

Le président commence la séance en annonçant qu’il convoquera un C.A. extraordinaire le 10 janvier pour remplacer le Conseil Élargi, conseil où les étudiants mobilisés s’étaient légitimement invités, et face auxquels le Président refusera de s’exprimer et préférera faire appel aux forces de l’ordre pour les évacuer des bâtiments occupés, et de procéder à l’arrestation de 6 personnes. Il reconnaît donc ici en clair que les « assemblées » qu’il a convoquées n’étaient qu’une façade démocratique puisque ce n’était pas le lieu où il souhaite s’exprimer.

Il n’avait de toute façon pas fallu bien longtemps aux personnes présentes à ces assemblées pour s’apercevoir qu’assez peu d’informations en ressortiraient, si ce n’est que la présidence était déterminée à appliquer la loi. Le lieu où seront « réellement » divulguées et discutées les applications de la loi Fioraso sera donc ce Conseil d’Administration extraordinaire.

En clair, face aux accusations d’opacité, la présidence restreint davantage le cercle des ayants droit à l’information !

Élection d’un nouveau Vice-Président dit « chargé de l’emploi et de l’action sociale » (VP chargé du personnel)
Lors de ce Conseil d’Administration devait être élu un nouveau Vice-Président en charge des personnels pour remplacer la Vice-présidente démissionnaire. Jean-François GOUX a été élu à ce poste.

Mais qui est donc Jean-François GOUX ?
Pendant les deux heures de débat et de présentation qui ont précédé son élection, Monsieur Goux s’est présenté comme un « homme de gauche » : ancien syndicaliste de l’UNEF, puis du SNESup, et actuel élu PS au conseil municipal de Vernaison.  Il tient à rappeler qu’il n’a « rien de commun avec ces jeunes qui sont dehors et veulent nous empêcher de travailler. » En somme, un parcours classique.

Interrogé à plusieurs reprises sur la politique qu’il comptait mener en tant que VP RH pour les enseignants-chercheurs d’une part, vis-à-vis des personnels BIATOSS d’autre part, M. GOUX a refusé de répondre en reconnaissant ne pas maîtriser les dossiers concernant les personnels non enseignants de l’université puis en s’étonnant d’être interrogé sur la politique qu’il souhaitait mettre en œuvre : « Je ne peux pas vous répondre de manière précise. Je n’ai pas de programme précis. » Élu sans mandat, sans programme, il est un simple gestionnaire « contraint », comme il le dit lui-même, par l’équipe présidentielle et le budget de l’Etat de poursuivre le travail de casse. Il a notamment avoué « n’être pas opposé à l’externalisation de certains services, au cas par cas » si cela était nécessaire (pour rappel l’externalisation est le transfert ou la sous-traitance de service par une entreprise privée, en clair c’est la privatisation d’un service, comme par exemple la tentative d’externalisation du service de ménage il y a deux ans, qui aurait conduit à licencier tout bonnement tout le personnel de ménage de l’université. Suite à une lutte et plusieurs envahissements de Conseil d’Administration, la présidence de l’époque avait abandonné le projet, rembauchant ces personnes à la condition qu’ils acceptent des contrats très précaires…). En somme, M. GOUX a admis être incapable de répondre aux légitimes attentes des personnels, et qu’il poursuivrait dans la direction souhaitée par la présidence et donc l’Etat.

Pour conclure ce nouvel épisode tragi-comique des Conseils d’Administration de Lyon 2, Gérard COMBE représentant du CESER (la région Rhône-Alpes), qui siège au C.A en qualité de personnalité extérieure -démontrant une nouvelle fois le caractère indispensable de ces intervenants- a affirmé que s’il votait en tenant compte des idées politiques du candidat, il n’aurait pas soutenu M. GOUX. Ce dernier avait auparavant affirmé être contre les politiques libérales d’austérité, mais était cependant prêt à occuper ce poste en respectant les contraintes : l’austérité…  Allez comprendre.

En réalité l’austérité à l’université accélère le processus de rapprochement des universités du secteur privé, processus de « professionnalisation » qu’il reconnaît être un objectif pleinement partagé avec la présidence actuelle. Voilà pourquoi peut-être est-il prêt à occuper le job. 

Mais Gérard COMBE soutiendra sa candidature (et par 2 voix, André VILLEMUS, le président de la MACIF Rhône-Alpes, non présent, lui ayant donné sa procuration de vote), lui reconnaissant une honorable motivation à agir en gestionnaire de l’Etat, privé de toute autonomie politique et de toute marge de manœuvre. Une belle illustration du cynisme des décisionnaires, pour dégrader définitivement les conditions d’étude et de travail à l’université.

La représentante du Rectorat -laquelle siège en qualité de personnalité extérieure au Conseil d’Administration de Lyon II- a également rappelé sa conception : « La politique d’un représentant de l’Etat s’exerce en deçà de la personne. Vous êtes tous des opérateurs de l’Etat. » (peu importe ses idées, ce sera un gestionnaire d’une politique qu’il ne décide pas)

« Si je me situais sur terrain politique vous n’auriez aucune chance d’avoir ma voix. Mais c’est une question technique. Seul importe d’avoir une vision, de redresser une image calamiteuse.   » Gérard COMBE

« Le budget n’est qu’une traduction chiffrée d’une politique » Jean François GOUX

Sur le rôle et la place prise par les personnalités extérieures
Ce Conseil d’Administration a été très instructif concernant le rôle et la place des personnalités extérieures en leur sein.

Aujourd’hui, ces personnalités extérieures -qui sont amenées à jouer un rôle toujours plus important dans les organes de décision- ont été mobilisées pour sauver l’équipe présidentielle. La présidence a pris soin de faire le plein de voix, et ce sont donc des personnes non élues, totalement extérieures à l’université, qui sont venues soutenir les candidatures proposées par la présidence c’est-à-dire venues décider à la place des personnels et des étudiants quelle politique leur sera appliquée.

Les objectifs des personnalités extérieures sont très clairs (ces dernières ne cherchent d’ailleurs absolument pas à les cacher), il s’agit de :

1- Faire correspondre l’offre de formation aux besoins des entreprises.
2- Adapter les étudiants aux attentes des employeurs.

À ceux-là s’associent d’autres, qui pensent encore que leurs intérêts convergent avec ceux des dominants. Ainsi, beaucoup se sont retrouvés pour déplorer la « mauvaise image » de Lyon 2. Le représentant du personnel de l’UNSA affirme ainsi : « On subit les moqueries de la presse. C ‘est les employeurs qui se détournent de nous ». En substance, le seul objectif valable est de leur redonner confiance. Et encore, nous dit-il, « on n’inversera pas le cours de l’Histoire, l’université soixante-huitarde est morte ». Mais il n’a pas fini : « En période de crise, il faut voter des budgets, s’habituer à ce qu’ils soient de plus en plus restreints, et faire avec ! »

En parlant de la mort de l’université soixante-huitarde, il ne faut pas se leurrer : ces gens attendent une purge des éléments contestataires de l’université. 

Quant aux contestations elles-mêmes, « c’est le corps électoral de Lyon II qu’il faut changer, pas les élus », selon Jean-François ARRUEE (représentant du Grand Lyon), pour qui Lyon 2 serait en « insurrection permanente ». Ils ne s’en cachent pas, ils veulent changer la « clientèle » !

On comprend ainsi mieux pourquoi la présidence a fait intervenir si rapidement les forces de l’ordre sur son campus, puisqu’il s’agit précisément d’adresser un message clair : la contestation n’est pas acceptée, est et sera combattue d’une main de fer. Un message d’ordre quoi.

On aura en outre pendant ce conseil beaucoup entendu parler « d’intérêt collectif », sans jamais trouver personne pour le définir : c’est un fait, cet  intérêt collectif n’existe pas. Il y a d’un côté nos intérêts, la condition des étudiants salariés et précaires de la fac, qui en sont de fait exclus, nos conditions d’études, les conditions de travail difficiles voire impossibles pour les personnels ; de l’autre, les intérêts des  investisseurs, que sert la privatisation.

Ils entendent faire de nous une main-d’œuvre docile et conforme. Ils entendent faire des économies sur les conditions de vie des personnels.

III) Rejet du budget : Une « victoire »? Quelle victoire?

Si les personnalités extérieures de l’université ont félicité la présidence pour sa présentation « extrêmement claire » du budget, il n’en est rien en réalité. La seule certitude qui ressort de ces heures de débat est qu’il s’agit d’un budget en restriction : la baisse des crédits annoncée est de 5%.

À l’heure du Conseil d’Administration bien peu de choses concrètes étaient arrêtées : l’opacité quasi totale subsiste sur les filières, matières sacrifiées du fait des réductions budgétaires, sur les nombres de personnels BIATSS non-renouvelés, ou encore sur le nombre de postes gelés.

La création de 22 « postes Fioraso » à Lyon 2 : une nouvelle arnaque

La présidence s’est auto-congratulée car le ministère aurait débloqué 22 « postes Fioraso » pour l’université Lyon 2. Ces postes devraient ouvrir droit à l’université de recruter 22 postes de professeurs supplémentaires. Si cela peut sembler être une bonne nouvelle en apparence, il s’agit en réalité d’une nouvelle arnaque du gouvernement que la présidence tente de faire passer pour une victoire.

En effet, la possibilité juridique de recruter ne s’accompagne pas des transferts financiers nécessaires. Comme l’a affirmé un élu au CA : « sans financements ces postes sont un jouet sans piles ».

De plus ces « postes Fioraso » permettent uniquement de recruter des enseignants avec le statut de « professeur d’université ». En clair, il s’agit de la catégorie la plus élevée des enseignants, au salaire le plus élevé.

Enfin, il est nécessaire de rappeler que l’an dernier déjà le gouvernement avait promis la création d’un certain nombre de postes supplémentaires pour Lyon 2 entre autres. La plupart de ces postes ont par la suite été « gelés » et donc jamais mis en place…

Le chantage aux subventions orchestré par la présidence

Le vice-président chargé des finances n’a pas hésité pas pour « convaincre » les membres à voter pour le budget de faire jouer la concurrence entre universités. En effet, il affirmait qu’un rejet du budget signifierait que plusieurs millions d’euros qui devait être alloué à l’université pour la rénovation des bâtiments de Bron se verraient du coup transférés aux universités de Saint Etienne ou Lyon III.

Cependant, malgré les tentatives de la présidence pour contraindre les élus à voter en faveur du budget présenté, celui-ci a été rejeté après plusieurs heures de débats.

Un rejet du budget pour des questions de forme ?

Mais ce rejet a des significations plurielles ; pour une majorité des personnes qui ont fait ce choix (et notamment pour une partie des ex-membres de l’équipe majoritaire), le sens est : « Vous (la présidence) devez composer avec nous (les profs) ». En clair, nous pourrions être en accord avec ce budget d’austérité, mais nous demandons à faire partie du processus de décision et prendre part aux choix sacrificielsPour eux, « la crise » à Lyon 2 n’est qu’un simple problème démocratique. Ce qu’ils rejettent, c’est désormais la seule personne de J-L MAYAUD et sa gestion autoritaire : l’absence de « dialogue » avant la mise en place des mesures de coupes budgétaires. 

Nous ne devons donc pas avoir d’illusions : les oppositions qui ont permis le rejet de ce budget ne sont qu’un concours de circonstances, et ne sont pas motivées par une opposition politique de fond, ou par un rejet du budget « de crise » lui-même, seulement par la méthode employée et l’absence de transparence. Il n’y a pas de divergences de fond : « on est prêts à mettre les mains dans le cambouis, mais il faut qu’on joue collectif », a affirmé Jean SOUBRIER ex-membre de l’équipe de J-L MAYAUD et désormais dissident.

La plupart des élus au CA sont donc prêts à gérer la misère, d’obliger les plus précaires d’entre nous à se serrer encore plus la ceinture tout en investissant des millions pour les filières d’élite. Tout ce qu’ils demandent c’est d’être associés à cette négociation, de choisir eux-mêmes quel membre du corps malade de l’université il est nécessaire d’amputer.

Le rejet du budget par l’instance ne doit donc pas être considéré comme une victoire. Ce n’est en tout cas pas la nôtre.

 

Par ailleurs, nous devons penser collectivement nos méthodes de lutte. Nos combats ne se mènent pas dans les instances, ou alors ils sont réduits à peu de choses.

Cela a été dit, en réponse aux personnalités extérieures inquiètes sur la signification du rejet de ce vote. Le prochain Conseil d’Administration qui présentera le budget verra le budget entériné, en tout cas, un partie des personnes s’étant opposées ont clairement signifié que ce choix n’était pas définitif, qu’il était simplement un « signal d’alarme ».

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