Le 10ème mois de bourse, ou l’arbre qui voudrait cacher la forêt de la précarité et de la sélection sociale à l’université.

Laurent Wauquiez a annoncé ne pas vouloir revenir sur la mise en place d’un 10ème mois de bourse pour la rentrée 2011/2012.

Tandis que certaines organisations étudiantes qui en avaient fait leur cheval de bataille depuis 2009 applaudissent, la Fédération Syndicale Étudiante quant à elle, n’a jamais été dupe quant au rôle de carotte au bout du bâton que le gouvernement avait fait joué à cette revendication, lors du second mouvement LRU en 2009.
Et ce pour amener l’Unef a négocier l’arrêt de la lutte et à trahir le mouvement social. Ce qu’elle s’était alors empressée de faire. Pourtant aucun-e étudiant-e n’avait vu la couleur de ce 10ème mois de bourse jusqu’à aujourd’hui. Nous tenons -au delà de cette recontextualisation- à rappeler avant tout que le montant, le nombre de versements des bourses, et les critères d’attributions, malgré les effets d’annonce du gouvernement, ne garantissent absolument pas des conditions de vie et d’étude correctes aux étudiants.

En effet, pour 2011/2012, si le ministère ne revient pas sur sa décision, un-e étudiant-e boursièr-e de l’échelon 1 a 6 touchera ses aides mensuelles sur 10 mensualités comme le ministre l’annonce, contre 9,5 actuellement. Mais qu’on ne s’y trompe pas la situation de l’aide sociale étudiante reste extrêmement précaire.
Bien qu’un-e étudiant-e ait des frais les douze mois de l’année, les aides sont cantonnées a seulement 10 mois, et laissent un trou dans le budget annuel qu’il faut pourtant bien combler. Les versements sont trop souvent tardifs, les échelons et les montants ne correspondent pas à la réalité des coûts : il existe actuellement 7 paliers, de l’échelon 0, donnant uniquement droit à la gratuité des frais d’inscriptions et de sécurité sociale, à l’échelon 6, donnant droit à une aide a hauteur de 460€ par mensualité, mais limité à 100.000 bénéficiaires.

La politique d’aide sociale est donc bien en deçà du revenu inférieur au seuil de pauvreté fixé en France à 950 euros/mois. Cette année sur 2,35 millions d’étudiant-e-s, seul-e-s 527 000 profiteront d’une bourse sur critères sociaux.

De plus, on est en droit de se demander quelle image des étudiant-e-s boursier-e-s Mr Wauquiez à en tête quand il déclare dans les médias vouloir mener la chasse aux boursier-e-s « profiteurs », un bouc émissaire tout trouvé pour justifier des contrôles accrus. Nous tenons à lui rappeler que les bourses ne sont pas des rentes et que pour les percevoir, il faut remplir des critères sociaux ainsi que des critères de réussite et d’assiduité.

Ainsi, loin d’être une avancée substantielle, le 10ème mois de bourse reste avant tout un effet d’annonce politique dans le but de faire oublier les contre-réformes que met en place le gouvernement à l’université et qui participent pleinement au renforcement de la sélection sociale, tout en faisant mine de lutter contre.

Depuis plusieurs années par exemple certains points de charges sont supprimés (ces points servent à calculer le montant des bourses auxquelles l’étudiant-e a droit) ce qui évince, de fait, des étudiant-e-s des critères d’attributions, ou baisse l’échelon attribués à d’autres, par une malhonnête arithmétique.

En outre, la mise en place depuis 2008 de bourses au mérite est une illustration de plus de la remise en cause du caractère social du CROUS et des bouses sur critères sociaux au profit d’une logique méritocratique et élitiste, de même que la mise en place des prêts étudiant-e-s la même année
révèle l’autre visage de la logique de privatisation de l’aide sociale étudiante et plus généralement de l’université que promeuvent le gouvernement et le patronat.

Parallèlement, les frais d’inscriptions, les frais de sécurité sociale, les prix aux restaurants universitaires et les loyers des chambres universitaires du CROUS augmentent, les APL sont remises en cause, etc. A cause de la faiblesse des politique sociales, 52% des étudiant-e-s -et prioritairement les étudiant-e-s issu-e-s des classes populaires- sont contraint-e-s de se salarier parallèlement à leurs études et 22.7% d’étudiant-e-s supplémentaires travaillent aussi pendant les vacances scolaires. La double activité travail-étude accroît de façon très importante l’échec universitaire.

Face à cette situation inacceptable, la Fédération Syndicale Étudiante revendique une refonte générale du système des aides sociales étudiantes pour lutter réellement contre la sélection sociale à l’université et dans l’éducation :

– L’augmentation des bourses sur critères sociaux en nombre et en montant !

– Des bourses versées en temps et en heure, sur 12 mois et non plus sur seulement 9,5 ou 10 !

– La suppression des bourses au mérite et des prêts étudiants, les moyens financiers associés doivent être consacrés à l’aide sur critère social !

– La construction massive de logement à caractère social à hauteur des besoins, le réinvestissement financier de l’état dans le Crous , l’embauche et la titularisation des travailleur-euse-s des CROUS, pour un service de l’aide sociale étudiante de qualité !

Nous promouvons à plus long terme la gratuité de l’université et la mise en place d’une garantie sociale étudiante (GSE), c’est à dire la pérennisation de l’aide sur critères sociaux, financée par la taxation des profits du patronat, et gérée par et pour les étudiant-e-s avec l’ensemble des travailleur- euse-s.

Par la lutte, obtenons une réelle politique de l’aide sociale à l’université, ne nous contentons pas d’effets d’annonces !

Contre le salariat contraint pendant nos études, Contre la sélection, pour la justice sociale !

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